Kaptagon : définition, effets et enjeux

février 19, 2026

Kaptagon : définition, effets et enjeux

L’article en bref

Points essentiels Précisions
Nature du produit Drogue de synthèse à base d’amphétamines, principalement produite en Syrie
Origine historique Médicament légal créé en 1961, interdit mondialement en 1986
Ampleur économique Trafic générant entre 3 et 4 milliards d’euros par an
Principal producteur Régime syrien utilisant ce trafic pour contourner les sanctions internationales
Usages actuels Stimulant prisé par étudiants et travailleurs dans les États du Golfe
Risques sanitaires Amphétamine provoquant dépendance et troubles graves malgré image d’amélioration cognitive

Le kaptagon est une drogue de synthèse à base d’amphétamines, principalement produite en Syrie et au Liban, qui s’est imposée comme un enjeu géopolitique majeur au Moyen-Orient. Je vais te raconter ce que j’ai appris sur cette substance particulière qui révèle beaucoup sur les liens entre conflits armés et trafics de stupéfiants.

Pourquoi le kaptagon inquiète autant aujourd’hui

Quand j’ai commencé à bosser en prévention il y a dix ans, personne ne parlait du kaptagon dans nos structures. C’était une drogue lointaine, associée au Moyen-Orient et aux zones de guerre. Mais depuis quelques années, les questions se multiplient lors de mes interventions. Les jeunes me demandent si c’est vraiment la drogue des terroristes. Les parents s’inquiètent après avoir lu des articles sensationnalistes.

Cette substance cristallise plusieurs peurs collectives : le terrorisme, les conflits armés et les drogues de synthèse. Les chiffres donnent le vertige. Selon les estimations, ce trafic génère entre trois et quatre milliards d’euros par an au régime syrien. C’est davantage que tous les cartels mexicains réunis. En 2024, au Niger, les autorités ont détruit près de deux millions de comprimés lors d’une seule opération. Cette ampleur révèle un système organisé à l’échelle industrielle.

La médiatisation autour des attentats de novembre 2015 à Paris a accentué l’anxiété collective. Même si les autopsies n’ont finalement pas révélé de traces de cette substance chez les terroristes du Bataclan, l’association mentale reste ancrée. Je constate que cette image biaise la compréhension de ce qu’est réellement cette drogue amphétaminique et ses usages bien plus variés.

D’un médicament légal à un narco-trafic massif

L’histoire du kaptagon démarre en 1961 dans les laboratoires allemands Degussa Pharma Gruppe. À l’époque, c’était un traitement prescrit pour les troubles de l’attention, la narcolepsie et certaines dépressions. La substance active s’appelait la fénétylline, une molécule amphétaminique. Les comprimés blancs et ronds portaient un logo spécifique.

Tout bascule en 1986 quand les Nations unies inscrivent la fénétylline sur la liste noire des psychotropes. La production pharmaceutique s’arrête progressivement, même si la France continue à l’utiliser en petites quantités jusqu’aux années 2010. Mais ce retrait du marché légal ouvre un boulevard aux fabricants clandestins. Des faux comprimés se multiplient, reprenant le nom mais avec des compositions variables et dangereuses.

Période Lieu de production Contexte
Années 1990 Bulgarie Premiers trafics vers la péninsule arabique
Années 2000 Moyen-Orient (Syrie, Liban) Après entrée Bulgarie dans l’UE
Depuis 2011 Syrie principalement Explosion liée à la guerre civile

La guerre civile syrienne transforme radicalement la donne. En 2011, les groupes armés découvrent une source de financement inespérée. Des laboratoires clandestins apparaissent dans les zones contrôlées par différentes factions. L’ONG Global Initiative against Transnational Organized Crime documente en 2016 des sites de production chez les djihadistes comme dans les territoires gouvernementaux. Quand Bachar el-Assad reprend le contrôle territorial dès 2018, ces installations tombent dans son escarcelle. Le dictateur organise alors sciemment ce trafic pour contourner les sanctions internationales.

Une situation que j’ai découverte sur le terrain

Un jeune qui me parlait de performance

Je me souviens d’un atelier dans un lycée en 2021. Un élève en terminale m’interpelle pendant la pause : « Madame, le kaptagon, c’est vraiment dangereux ? » Son meilleur pote avait découvert cette substance pendant des vacances dans le Golfe. Il la présentait comme une pilule miracle pour réviser sans dormir avant le bac. Le gamin était intelligent mais perdu face aux discours contradictoires. D’un côté les médias qui parlaient de terrorisme, de l’autre son pote qui lui vantait une amélioration de ses capacités.

J’ai expliqué que dans les États du Golfe, cette drogue est effectivement prisée comme stimulant par des étudiants et des travailleurs. Elle permet de tenir éveillé pendant quatre jours dans certains cas. Mais ce n’est pas un smart drug inoffensif : c’est une amphétamine avec tous les risques associés. Le jeune semblait soulagé d’avoir une explication nuancée. Ce qui m’a frappée, c’est sa difficulté à faire le tri entre les informations alarmistes et la banalisation dangereuse.

Ce que j’ai compris ce jour-là

Cette conversation m’a rappelé l’importance de contextualiser sans minimiser. Le kaptagon illustre comment une substance peut avoir plusieurs visages selon les contextes géographiques et sociaux. En Europe, nous restons relativement épargnés par ce trafic concentré au Moyen-Orient. Mais les jeunes accèdent désormais à des informations mondiales sans grille de lecture adaptée. Mon rôle est de leur donner des clés pour comprendre les enjeux sanitaires, géopolitiques et personnels. Sans jugement mais avec lucidité.

Les réalités économiques et politiques derrière le trafic

Un comprimé coûte quelques centimes à fabriquer mais se vend jusqu’à vingt dollars en Arabie saoudite. Les marges bénéficiaires sont colossales. Le think tank New Lines Institute évalue le marché à 5,7 milliards de dollars en 2021. La Syrie est devenue le principal producteur mondial selon l’agence européenne sur les drogues.

Les saisies révèlent une imagination débordante pour acheminer la marchandise :

  • Caisses de fruits contenant des millions de comprimés à la frontière irako-syrienne
  • Boîtes de confiseries et pots de houmous utilisés comme cachettes
  • Estomacs de moutons vivants servant de containers biologiques
  • Conteneurs de draps et serviettes expédiés vers la Chine ou l’Europe
  • Routes maritimes via les ports grecs comme le Pirée

En 2022, les États-Unis votent le Captagon Act pour démanteler ce réseau. Des sanctions visent Maher el-Assad, frère du président et chef militaire suspecté de superviser la production. Le port de Lattaquié serait une plaque tournante majeure. La Ligue arabe somme également Bachar el-Assad d’éradiquer cette industrie, ce qui montre bien que la Syrie est désormais considérée comme un narco-État. Les institutions du régime participent directement au trafic selon de nombreux rapports.

D’ailleurs, quand on parle de changement de comportement lié aux substances psychoactives, un changement de traitement efficace demande toujours un accompagnement médical structuré. Pour les amphétamines comme pour d’autres produits de synthèse, les étapes et conseils pour arrêter la consommation restent similaires : soutien psychologique, suivi médical et patience. J’ai vu des parcours inspirants de personnes ayant réussi leur sevrage grâce à un accompagnement adapté.

Ce que je retiens après toutes ces années

Le kaptagon n’est pas qu’une drogue parmi d’autres. C’est le symptôme d’un système géopolitique malade où les conflits armés alimentent les trafics et inversement. Pour nous en Europe, l’enjeu reste informatif et préventif. Les jeunes doivent comprendre que derrière chaque substance se cachent des réalités humaines complexes.

Cette amphétamine de synthèse révèle aussi comment les perceptions culturelles façonnent l’usage des drogues. Dans le Golfe, certains la distinguent de l’alcool ou du cannabis interdits par les autorités religieuses. Cette nuance montre que les consommations s’inscrivent toujours dans des contextes sociaux particuliers. Ma mission reste de donner des informations factuelles sans tomber dans le sensationnalisme ni la banalisation.

Cet article est à visée informative. En cas de doute, de malaise ou de souffrance, consulte un professionnel de santé ou un centre d’accompagnement.

Maxime

Article rédigé par maxime

Je m'appelle Maxime, j'ai 25 ans. Mon objectif ? Prévenir les risques liés aux addictions et aider ceux qui veulent s’en sortir. Chaque jour, j’échange avec des jeunes pour déconstruire les idées reçues sur la drogue et proposer des alternatives saines. Mon approche est simple : écoute, bienveillance et solutions concrètes.

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